A propos de « Vanité aux corolles » et « Vanité aux plantes de pieds » présentées et acquises au Musée de la Céramique de Rouen, mars 2006

Christine Germain-Donnat (Conservateur chargée du musée de la céramique de Rouen) # 01/2006

 

Réalisées en faïence, spécialement pour Céramique Fiction, les Vanité aux corolles et Vanité aux plantes de pieds rappellent la luxuriance et l’étrangeté des œuvres de Bernard Palissy. Recouverte d’émail chatoyant, la flore profuse qui envahit les bassins cache des symboles de mort. Un crâne surgi d’entre les corolles d’une plante carnivore et toise le visiteur. Des pieds tels des trophées arrachés à l’ennemi ou de tristes dépouilles, gisent abandonnés au milieu des groseilles et des escargots. D’une indéniable séduction, les deux œuvres de Valérie Delarue renouvellent avec talent, l’art du mémento mori. Exposées parmi les plats d’apparat en faïence du XVIIIe siècle, sublimes témoignages d’une fortune passée, ces vanités évoquent avec justesse la séduisante matérialité des choses et leur inéluctable dégradation prochaine.

Texte à propos de l'exposition « Chutes et métamorphoses »

Fédéric Bodet # 06/2001

 

Valérie Delarue décrit les forêts saturées de violence moite, les algues des profondeurs à reptation rapide. Ses espaces de peinture semblent envahis de matières proliférantes. Elle maîtrise les formes en expansion, saisit le moment opportun de leur pouvoir hallucinatoire. Son inspiration métamorphose, escamote : elle fait déraper brutalement le réel vers des sensations et des lieux inconnus. Ses environnements sont aussi biologiques que symboliques, autant lieux aquatiques que régions du cœur. Un art du geste et de la quiétude qui s'éprend de l'horreur comme de la beauté, en s'appuyant sur la mutation mystérieuse des êtres et des choses. Une grande fiction mentale en somme, qu'on observe avec intimité mêlée d'effroi, car toute la biologie du désir et des tentations humaines s'y retrouve transposée.

 

Texte à propos de l'exposition « Carte Blanche 1994 » au centre culturel de Boulogne-Billancourt

Georges Jeanclos-Mosse # 07/1994

Dans les bas-reliefs de Valérie DELARUE, les feuillages issus des toiles de Poussin s'épanouissent comme des morilles sur un ciel de terre. La lumière se faufile dans la futaie ocre et s'étale sur une architecture où des colonnes d'argile soutiennent des frontons de terre. C'est merveille de retrouver l'écho des toiles de Patinir et des paysages romans! Et puis, aussi, les strates aux chairs tranchées nous font pénétrer à l'intérieur même du terrain, sous des paysages exubérants. Il a fallu pour cela une habilité extrême où le pouce et l'index, la mirette et l'ébauchoir ont laissé leurs traces. Mais c'est surtout l'aiguille qui vient s'ajouter aux outils du modeleur : les formes, percées de l'intérieur, s'épanouissent comme des éponges ou des coraux poussés dans les fonds sous-marins.

Les œuvres présentées au Centre Culturel de Boulogne-Billancourt font découvrir une jeune artiste d'exception! Le dialogue, qu'elle rend possible entre la peinture, la sculpture et la nature est un ravissement. La peinture prend possession de l'espace dans un monde miniaturisé. Valérie Delarue montre que, toujours, quelque chose d'inconnu et de délectable peut surgir de la terre.

Texte propos de l'exposition «Etudes d'après Poussin », Galerie France T, Paris 8e. 

Georges Jeanclos-Mosse # 02/1992

 

Dans un travail exemplaire, où l'atelier et l'école trouvent leur pleine justification, Valérie DELARUE s'affirme, dans une aventure plastique qui prend pour médium la terre et les oxydes, le dessin et le pastel. Son travail d'après Poussin, suivi d'études d'après Patinir, remettent la copie à l'honneur. Il s'agit là, bien sûr, d'un traduction très libre, où le maître élu devient guide et conforte, par exemple, le travail du jeune artiste. Ses paysages en terre cuite jettent une passerelle entre la peinture et la sculpture. Ils ne cèdent en rien aux projets plus modernes. Cette étude patiente mène à l'invention. Nous pénétrons vraiment sous les ombrages des cendres de Focion. Les dessins et les pastels des Saisons répondent aux volutes du temple de Bayon. Ils nous font entrer dans l'objet regardé, suivre un chemin qui nous révèle des beautés insoupçonnées.

J'ai, pour mon plus grand plaisir, vu éclore, tout au long des semaines, ces œuvres de terre et ces pastels délicats. Ils ont souvent été pour moi surprise et réconfort dans la vie de l'atelier.

A propos de la série Mangroves et épiphytes

# 02/2012

« Viens sous les palétuviers roses... »*

Entrer dans les serres d'Auteuil, c'est entrer dans un monde.

Je marche le long des sentiers verdoyants et humides, j'y sens une chaleur soudaine et enveloppante. L'odeur de la tourbe. Celle de la boue et des rivières. Me revient le spectacle rare et luxuriant des  parcs Tamarindo, Palo Verde ou Manuel Antonio. Ils me transportent, ils m'enivrent.

Quand je travaille à l'atelier les mains plongées dans la terre, je cultive ce jardin. Parfois j'y sème des graines improbables. Je fais naître entre mes doigts des espèces ligneuses, aux formes les plus variées...Comme des plantes qui poussent sur d'autres plantes...J'étire l'argile entre mes doigts comme des racines qui sortent de terre, celles que l'on voit dans les marais à  mangroves, à l'embouchure de certains fleuves.

* En référence au film "Toi c' est moi" (1936) avec Pauline Carton qui chante - « Sous les Palétuviers »  avec  André Berley 

A propos de la performance "Corps au travail" réalisé à la Cité de la Céramique

# 09/2010

Texte à propos de l'exposition «La nouvelle Biennale, Céramique dans l'art contemporain»  Châteauroux 2005 

# 03/2005

 

Le corps, un fantasme céramique

Je dissèque l'infiniment petit. Je sonde les profondeurs obscures. Par le geste de l'empreinte, je manipule la matière pour jouer avec des formes organiques sorties de mes rêves. Avec les objets et la photographie, je tisse des liens entre le monde réel et ma sensibilité.

Du limon que je puise à pleines mains comme un corps qu'on étreint, surgissent des parties d'êtres vivants aux attitudes fœtales et abyssales, qui annoncent au son du cor une naissance...Voilà ce que me souffle mon instinct et ma passion. 

« Tout est vain en nous, excepté le sincère aveu que nous faisons devant Dieu de nos vanités » Bossuet
In Oraison funèbre de Henriette-Anne d'Angleterre, Duchesse d'Orléans

Texte écrit suite à la réalisation d'un mannequin pour Gustavo LINS, exposition chez POLTRONA FRAU Paris 6e

# 02/2002

 

La réalisation du mannequin pour Gustavo LINS correspond à une étape charnière de mon travail. Elle annonce l'espace du corps humain, l'espace de mon propre corps. Pour répondre à la commande de Gustavo, « un mannequin en mouvement », j'ai eu besoin physiquement d'appréhender un mouvement et de le figer dans le plâtre. Figer un mouvement par le biais du moulage sur nature paraît insensé. Le mouvement, c'est la danse par excellence. Un corps aérien qui touche à peine le sol. Aussi, mon corps a tenté de maintenir un mouvement sans poser ses talons au sol. J'ai fait mouler ce mouvement par une équipe professionnelle et grâce au soutien de l'Atelier Plâtre de la Manufacture de Sèvres, j'ai pu le réaliser en trois dimensions. Cette expérience physique a été une première, une performance, la meilleure pour mesurer l'espace de mon propre corps et l'envisager en terme de sculpture. 

... «L'empreinte est à fois processus et paragdime : elle réunit en elle les deux sens du mot expérience, le sens physique d'un protocole expérimental et le sens gnoséologique d'une appréhension du monde...Le geste de l'empreinte est avant tout l'expérience d'une relation, le rapport d'émergence d'une forme à un substrat « empreinté »...On ne sait jamais ce que cela va donner...La forme, dans le processus d'empreinte, n'est jamais rigoureusement « pré-visible » : elle est toujours problématique, inattendue, instable, ouverte... »

Extrait du livre « L'empreinte » de Georges Didi Huberman, éditions du Centre Georges Pompidou, Paris 1997

 

Texte écrit suite à l'exposition Chutes et métamorphoses, Galerie CROUS des Beaux Arts, Paris 6e

# 02/2001

 

Mon travail se situe au niveau de l'émotion. Il n'est pas sur le sens mais sur ce qui me fait vibrer ici et maintenant. Il abolit les limites entre œuvres d'art et objets utilitaires, Arts Appliqués, Arts Décoratifs et Arts Plastiques. Je cherche la trace des limites, vers ce qui nait, vers ce qui meurt. 

Le corps est notre dénominateur commun, il est le symbole de nos blessures et de nos vulnérabilités. Comment nous vivons, comment nous mourrons? J'associe l'homme et l'animal, met en scène la relation ambivalente homme-nature-cosmos. Je vois le monde comme un tout dans la réalité de ses dichotomies. J'essaie de créer un nouveau sentiment de la nature et du corps humain, tente de réactiver sa signification dans un monde marqué par les sciences et la technologie.